Une postproduction…


Parmi tous nos travaux réalisés en 2015, nous souhaitons vous présenter la post-production du film « la Glace et le Ciel » de Luc Jacquet.

C’est une post-production particulière. De part sa nature de film d’aventure documentaire, le travail en post-production était essentiel. De part son sujet scientifique, aventurier et écologique. Et enfin parce que ce film nous a amené à Cannes pour la cérémonie de clôture.

Venez découvrir l’histoire de cette post-production et n’hésitez pas à nous contacter pour plus de détails.

Rappel : pour voter, rendez-vous sur le site de l’Académie des César muni du code qui vous a été envoyé par mail.


Au commencement

L’aventure commence en 2011. Pendant les préparatifs de son film « Il était une forêt », Luc Jacquet poursuit en parallèle l’idée d’un film sur Claude Lorius.

Ce scientifique a passé, entre 1956 et 1985, plus d’une décennie sous les latitudes extrêmes australes en 22 expéditions. Au cours de l’année 2011, Luc va l’interviewer longuement pour retracer le fil de ses découvertes. Les apports scientifiques de Claude Lorius ont été essentiels pour la compréhension de l’évolution du climat. Il a été parmi les premiers à montrer le lien direct entre les taux de gaz à effet de serre et l’évolution climatique sur des périodes allant de 150 000 à 800 000 ans. Il participe également à la création du thermomètre isotopique : en analysant les isotopes d’hydrogène de la glace, on peut déterminer la température exacte au moment de sa formation.

Lumières Numériques accompagne l’association Wild-Touch depuis sa création et continue naturellement sur ce projet. Il faut conserver ce témoignage et organiser un premier tournage de repérage en antarctique.

En 2103, le film est produit par Pathé et Eskwad. Lumières Numériques est choisi comme laboratoire pour sa double compétence en post-production et en restauration du patrimoine. Une longue quête d’archives peut alors commencer…



Archives

Ce projet est unique, pour mener à bien cette aventure filmique, il faut traiter des archives de 1956 à nos jours, gérer des rushs argentiques et des rushs numériques, restaurer des archives , enfin étalonner le film et assurer sa masterisation DCP.

La première étape consiste à numériser toutes les pellicules retrouvées par les documentalistes, du super 8 au 35mm. A celles-ci s’ajoutent toutes les sources provisoires, du VHS au fichier numérique en passant par des bobines filmées par des caméras NTSC. Pour un documentaire télé, ces sources sont la plupart du temps indifféremment mélangées. Mais il s’agit de faire un documentaire à destination du cinéma, avec la plus grande exigence de qualité, qui est une des marques de Luc Jacquet sur ses films. Pour éviter toute détérioration d’image due à un procédé de timeremap, nous choisissons de recadencer toutes les sources à 24 ips, image pour image. Toutes ces sources sont référencées et timecodées pour le montage. Cette étape de numérisation et de traitement dure tout au long de la post-production du fait de la découverte de nouvelles archives. Il faut aussi être en contact étroit avec les documentalistes pour valider techniquement les éléments proposés et qui proviennent du monde entier (Etats-Unis, Russie, Japon…). Lumières Numérique est garant de la qualité et doit s’assurer qu’il n’y aura pas de surprise à la fin.

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Caméras

En parallèle nous menons tout le travail de conseil et de tests pour choisir les caméras de tournages et déterminer le workflow. Après de nombreux tests et la validation de Luc Jacquet, le 16mm et la caméra Sony F55 sont retenus.

Le choix de l’argentique vient de l’envie de Luc et de son chef opérateur Stéphane Martin, d’obtenir des images de générique de la même nature que le 16mm des années 50’s afin de garder cette signature caractéristique. La glace et les cristaux sont magnifiques en pellicule. Si le 16mm permet une économie financière, il est aussi la bonne solution pour pouvoir tourner dans des conditions extrêmes comme à Vostok, le point froid de la planète (-89°C en 1983).

Le choix de la caméra numérique a été dicté par la matière à filmer. Les tests caméra sont effectués à grande altitude non loin de Val d’Isère pour juger de la manipulation dans le froid et du rendu de la neige. Lors du passage en étalonnage la différence entre les caméras saute aux yeux. L’une restitue parfaitement la neige, l’autre donne la sensation de voir une dune de sable blanc. La caméra F55 est aussitôt retenue. De plus son format de tournage en RAW, 4K et en haute vitesse offrait de multiples possibilités.

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Numérisation

Toutes les sources argentiques (rush et archives) sont numérisées par scanner pour évaluer très tôt la bonne qualité des images.

Les rushs argentiques tournés par Stéphane Martin ne posent bien évidemment aucun souci : bien posés, récents, propres, le résultat est à la hauteur. Mais il y a aussi une quantité énorme d’élements provenants de plusieurs hivernants. A commencer par les bobines 16mm de Claude Lorius en 1956. Au scanner la surprise est bonne, l’image est excellente. L’exposition est très bonne et la conservation des pellicules est remarquable. De toutes les archives ce sont celles-ci les plus anciennes et les meilleures. Mais il faut aussi numériser les Kodachrome 8mm du laboratoire de Glaciologie. Les contrastes très forts demandent une grande maitrise de la calibration du scanner pour pouvoir recueillir toutes les informations nécessaires.

Toutes les données issues des rushs et des scans sont sécurisées puis passent entre les mains de l’étalonneur et du chef opérateur afin de faire une ou plusieurs propositions pour le montage.

Tout est désormais prêt pour le montage.

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Montage

Cette étape est assurée par Stéphane Mazalaigue. La présence de Lumières Numériques se fait plus discrète si ce n’est pour envoyer quelques plans supplémentaires dénichés de çi de là par les documentalistes. Néanmoins, nous sommes en contact régulier avec Stéphane pour répondre à son inquiétude. En effet, il est nécessaire de pouvoir connaitre le potentiel d’une image en terme d’étalonnage et/ou de restauration. Sera-til possible d’avoir suffisamment d’informations dans les noirs par exemple ? Est-ce que ce défaut sur la pellicule peut-être enlevé ? Le grain peut-il être réduit ? Tous ces échanges dessinent peu à peu le contour de l’esthétique qu’il faudra atteindre.

Les projections de validation dans notre salle DCI permettent d’appréhender au mieux le rapport au grand écran. Et nous avons la chance de pouvoir présenter le film à Claude Lorius. C’est une émotion forte que cet homme de 83 ans, émus aux larmes en voyant sa vie défiler sur l’écran.

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Conformation

 Une fois le montage validé par le réalisateur, nous nous attaquons à la conformation.

Et c’est là que les surprises apparaissent. Malgré tout le soin apporté à la sélection des archives il reste quelques interrogations. Ainsi ce qui a été monté à partir d’un télécinéma improvisé en 30ips ou à partir d’un vieux télécinéma réserve des surprises. La qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Deux cas notables se présentent.

Le premier concerne le télécinéma improvisé en 30 ips. Un documentaliste a filmé aux États-unis une bobine de consultation. Par un recadencage des images grâce à un pulldown nous savons que les points de montage vont correspondre à une ou deux images près. Mais une fois que nous recevons les scans 2K il faut se rendre à l’évidence. La bobine qui a servi au scan n’est pas la même que celle qui est en consultation. Le plan tant voulu a disparu du fait sans doute d’un ennui technique lors d’une projection passée. Le monteur est alors mis à contribution, il faut trouver un autre plan.

Le second problème est plus gênant, car cette fois-ci c’est la pellicule qui a vieilli après le télécinéma effectué il y a une quinzaine d’années. Ainsi l’image correcte qui a servi au montage s’avère complètement virée sur la copie. Il faut savoir que ces films scientifiques étaient tirés en plusieurs copies pour circuler au gré des conférences. Et, conséquence d’une réduction de coûts, les travaux photochimiques n’étaient pas de grande qualité. Il faut donc solliciter à nouveau les documentalistes pour retrouver d’autres sources. Certaines séquences nécessitent la numérisation de 6 copies différentes. Et pour corser le tout, les montages peuvent différer d’une bobine à l’autre, ce qui rend impossible l’automatisation de la numérisation par EDL.

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Restauration

L’étape de la restauration des images commence en même temps que la conformation. Au fur et à mesure de l’arrivée des scans, il faut regarder les séquences et analyser le travail de restauration nécessaire.

Dans le montage final, les images issues de sources très différentes cohabitent dans la même séquence (du super 8 à des images tournées en 4K en passant par des télécinémas de plus ou moins bonne qualité et des compressions MPEG en SD).

Sous la supervision du chef opérateur, nous sélectionnons les plans à traiter en restauration. Cette étape peut signifier un nettoyage ou, au contraire, une modification de l’image (comme une unification des poussières et du grain). Ainsi plusieurs centaines de plans sont traités pour donner de l’unité au film.

Cette analyse des plans et la validation de la restauration va perdurer pendant toute la durée de l’étalonnage car celui-ci peut modifier considérablement la sensation sur grand écran. Tout notre savoir-faire de restauration acquis sur des films de 1915 à nos jours est mobilisé au service de ces images. Mais il faut parfois adopter des choix de restaurations radicalement différents par rapport aux films de patrimoine. Certains poils caméras sont patiemment effacés pour ne pas gêner le spectateur alors que ceux-ci sont conservés en restauration de patrimoine afin de se conformer le plus possible à l’image d’origine. Selon les besoins narratifs, le grain de la pellicule est enlevé, modifié ou ajouté. Le contrôle permanent dans la salle de projection permet de s’assurer de la plus grande précision.

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Etalonnage

Un point essentiel de notre travail sur le film est que l’étalonnage est fait en intégralité chez Lumières Numériques par Olivier Dassonville. C’est une étape importante qui montre la présence de talents artistiques et techniques en région. L’étalonnage se fait à l’aide de deux Resolve partageant une base de données afin de continuer la conformation au fur et à mesure des restaurations et de l’arrivée des plans truqués. Cette étape se déroule dans notre salle de projection calibrée équipée d’un projecteur 4K DCI Barco sur un écran de 5m de base, d’un serveur Doremi 4K et d’un équipement sonore Dolby 5.1. C’est là que Luc Jacquet, Stéphane Martin et Cyril Contejean valident la version définitive du film.

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Masterisation 

L’étalonnage est maintenant fini. Le mixage est reçu. Nous attendons encore 2 ou 3 plans truqués quand tombe la nouvelle : le film est retenu par Thierry Frémaux pour clôturer le festival de Cannes.

Nous sommes confiant sur la qualité de notre travail, mais cela rajoute un peu de piment au moment de la masterisation. Compte tenu des délais, ce sera sans filet. Nous livrerons quasiment à la dernière minute. Après réception des derniers effets spéciaux, nous pouvons enfin procéder à la création du  DCP final. Après de multiples vérifications nous envoyons le DCP. Le résultat de deux ans de travail sera projeté en clôture du festival de Cannes quelques jours après la fin de la post-production.

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Cannes 2015

Nous retrouvons une partie de l’équipe au pied du palais des festivals. Nombreux sont ceux à avoir fait le déplacement. Claude Lorius foule le tapis rouge. Il est rare de voir une telle consécration cinématographique d’un scientifique. La qualité est à la hauteur des attentes de l’équipe du film qui découvre avec émotion la version finale directement dans l’auditorium Lumière du palais des Festivals.

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Et après ?

La nature même du film – un documentaire fictionnalisé – imposait une post-production exigeante au cœur même du processus de création. Il nous a permis d’exploiter toutes nos qualités techniques et humaines pour parvenir à ce résultat dont nous sommes particulièrement fiers.

Que reste-t-il maintenant de « La glace et le ciel » ? Un formidable outil pédagogique (voir : meta projet). Un enrichissement humain (voir : ils l’ont dit, ils l’ont écrit). Et puis un peu plus de prise de conscience. Déjà sensibilisés par notre engagement aux cotés de Wild-Touch nous continuons à réduire notre empreinte autant que faire se peut.

L’électricité consommée chez Lumières Numériques est désormais 100% renouvelable et sans nucléaire (Enercoop). Une partie de l’équipe continue à venir en vélo, une autre s’équipe de véhicule tout électrique quand d’autres y réfléchissent.

Ce projet a mobilisé une bonne partie de l’équipe pendant que l’autre continuait de travailler sur les nombreux films de patrimoines à numériser et restaurer. L’aventure continue…

 

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